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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 16:12

Lifestills 2008

Crédit: Lifestills © - 2008

 

Arrivé en France en 1965, est un migrant malien retraité. Il réside depuis 1979, dans le Foyer de Travailleurs Migrants (19e arr.), où il nous a accueilli. Il fera une multitude de petits boulots : blanchisseur, ouvrier de production pour la construction d’ascenseur, « boulanger » pour oiseaux, travaux en abattoir, chauffeur et… deviendra formateur dans l’accompagnement des migrants au  sein d'une ONG (GRDR). Sa vie est partagée entre « l’action sociale,  le salariat et le militantisme » et ses « trois maisons » :

-       - celle de son père, au village à Diataya ;

-       - la sienne, à Kayes car il est difficile pour lui de retourner au village après 40 ans de migration ;

-       - et sa « villégiature », le foyer rue de Lorraine

 

I-             Récit de vie : des « petits papiers » au militantisme

Après l'Indépendance du Mali, la disparition de  la filière de transformation de l’arachide perturbe à nouveau l’organisation sociale. Il faut à présent migrer pour gagner de l’argent, « se faire des cadeaux, pour aider la famille ». insiste sur le fait que les migrants ne sont pas élus pour le départ en France mais que c’est bien le fait d’une volonté individuelle. La migration répond ainsi à une demande réciproque des jeunes pour travailler et des entreprises à la recherche d’une main d’œuvre non-qualifiée. A l’époque des Indépendances, il a 17 ans et migre en France où pour la « jeunesse du fleuve Sénégal, Paris était un choix naturel car c’était leur ville ». A l’époque, les problèmes des migrants étaient différents, non de l’ordre des questions du séjour ou de la régularisation mais d’avantage de ceux du logement et de la distance culturelle : « être un noir  parmi les blancs ».

Son voyage en bateau jusqu’à Marseille durera 15 jours et pour seul document il a  « un petit papier » en poche : « Peu importe où tu débarques, si tu es là c’est que tu as une personne ressource, tu as un « petit papier, qui fait référence à l’adresse de quelqu’un de ta famille, de ton village, de ton canton, de ton pays, voir du continent… ». dit avoir été étonné lors de son long trajet en train jusqu’à Paris car à la différence du pays, « ce sont les blancs qui travaillent dans les champs alors qu’au pays ils sont à des postes de commandement ». Il arrive à Paris en pleine nuit. L’un de ses compagnons de voyage insiste pour qu’il le suive pour dormir dans un foyer au sous-sol, avec des lits superposés, sans fenêtre, humide où une quinzaine de personnes vivaient. Le compagnon de voyage le conduira, le lendemain matin, chez sa personne ressource, qui ne vit pas dans une cave mais dans une épicerie aménagée : sans fenêtre, les commodités sont à l’extérieur et où l’éclairage se fait au pétrole (ce qui induit de gros risques d’incendie). L’un de ses problèmes récurant est que, où qu’il se rende, il lui est indispensable d’avoir un « petit papier ». Il est aussi confronté aux autres migrants qui ne comprennent pas son désir d’alphabétisation car « Tu es là pour gagner de l’argent et retourner au pays, tu n’es pas là pour aller à l’école ». Son initiative de cours du soir, mal vue dans le foyer le privera de nombreux dîners car on ne l’attendra pas pour le repas, on jettera sa part.

 

II-            La défense des travailleurs migrants

En mai 68, année de sa majorité, il peut « déjà parler, écrire et donner des « petits papiers » aux autres, pour les aider, les indiquer ». En 70, il passera son permis, c’est le début de son militantisme. Il devient délégué du foyer de la Rive Saint Denis, assumant ainsi des doubles journées. L’un de ses combats est l’obtention de logements décents : « Le foyer de travailleurs immigrants est un village cosmopolite à Paris qui a nécessité d’avoir une certaine maturité sociale, économique, culturelle & des combats pour l’obtenir ». Les manques d’espace et de reconnaissance, pour lui, contribuent en partie aux problèmes sociaux existants. Le statut de résidant et non de locataire est assez précaire et par exemple ne protège pas des Forces de l’Ordre qui ne se gênent pas pour s’introduire dans le foyer. Le foyer compte 2 salles de réunions pour 200 habitants et une dizaine d’associations de 3 pays différents : « il faut faire la queue  pour faire réunion, sauf quand il y a un deuil [...] les condoléances sont prioritaires ».

La gestion sociale au foyer est villageoise car sur les 200 résidants, 25% sont au chômage. Personne ne s’imaginait venir à Paris pour vivre dans un foyer mais le mode d’organisation y est solidaire. Il permet au groupe de se protéger, de survivre ici et la survie du village car le migrant a « une autre vie ailleurs, il ne vit pas que pour lui ». A ce titre l’une des initiatives fut la création d’une cantine sociale au sein du foyer pour pallier à la non-présence féminine. Ce projet fut le fruit d’une bataille constante avec la Mairie de Paris et celle du 19e. Le fonctionnement y est associatif : 12 salariés à plein temps qui servent 700 repas par jour (tout le quartier y mange pour 2€50).

 

III-           La coopération…

En parallèle, il œuvre pour mener des actions pour son village d’origine, « pour mener les choses, pendant que les autres vont au dancing ». Il dit Il dit ne pas connaître l’inactivité et y trouver son plaisir... En 1973, il se retrouve « avec les aînés ». Dix ans, sans revoir son village, il y revient « avec ses moustaches ». C’est le début de la sécheresse dans sa sous-région. Dès lors, 90% des revenus du village reposent sur les migrants. Cette crise nationale l’a fortement impacté, l’eau n’était plus potable, l’alimentation avait changé en une décennie, des maladies se développèrent chez les plus vulnérables : « tout problème devient alors inquiétant ». Au-delà de la famille, la question à présent est : qu’est ce qu’on peut faire pour le village ? Les migrants se demandent que faire ? Comment se donner les moyens pour agir ? Doter le village d’une alimentation de manière collective, ainsi qu’un accès à l’eau potable ? Des caisses de solidarité et des coopératives d’achat (magasin non pour faire du bénéfice mais juste assurer les frais de fonctionnement, en se débarrassant des intermédiaires) verront le jour. Les ressortissants s’associent pour contribuer au développement du village.

  •  Des projets culturels émergent avec la construction de mosquées non plus en bois mais en béton. Des centres de santé, où la bonne volonté ne suffit pas (comme pour l’entretien d’une mosquée) mais où il est nécessaire d’avoir des compétences en matière de gestion, des salariés ou du matériel. 
  •  Des projets hydrauliques, ainsi que des projets d’éducation afin de former les gens pour gérer les infrastructures et que les jeunes générations n’arrivent pas en France sans savoir lire et écrire. Il s’agit de pallier aux carences institutionnelles et d’améliorer les conditions de vie non plus seulement de la famille mais du village par et en migration.
  •  Une collaboration émerge avec le GRDR et des liens se tissent entre le foyer et les Ecole d’Agronomie de Paris. C’est un partenariat donnant-donnant, un échange de connaissances techniques contre des connaissances au sujet du territoire des migrants. Les migrants amènent ainsi le GRDR en Afrique, dans le cadre d’un accompagnement technique pour répondre à une demande avec la conscience que la réussite du projet passe par une action collective.

dit préférer le consensus à la démocratie car il ne faut laisser tomber personne et penser au rôle de chacun. La « démocratie consensuelle » demande du temps mais chacun doit donner du sien. C’est une sorte d’import de l’essence du pays/territoire Soninké : les bases de fonctionnement  reposant sur la médiation. Par exemple lors des élections de la communauté de résidence les anciens sont automatiquement mis en avant, car jugés plus sages, ainsi le consensus se fait avec eux avant même les assemblées générales. L’organisation sociale est ainsi reproduite en France, saupoudrée de la « démocratie à la sauce Toubab »...

 

Après une vie faite de suractivité, que souhaiter à Monsieur qui nous a chaleureusement accueilli , si ce n’est une très bonne et longue retraite à l’ombre de ses manguiers ?!

 

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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 09:51

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Aujourd’hui, je suis venue vous parler d’une femme de l’ombre. Vous l’avez croisé au moins une fois dans votre vie. Cette petite fée invisible, vous croyez la connaître car quand sa journée commence la votre se finit et quand la sienne se finit la votre commence à peine. Le matricule de cet ange est : « adjoint technique 2ème classe ». C'est comme ça qu'on dit dans le métier où on travaille en pointillés mais souvent 10h par jour. 6h sur le pont et à 22h, la serpillère est raccrochée. Cette femme pour moi est bien plus que la cantinière ou la dame de service car c’est la femme la plus forte du monde. Je ne l’ai jamais vu en colère, amère ou résignée malgré la dureté de son existence fait de pénibilité et d’une dévotion qui paient un salaire de misère. Je savais combien d’heures de ménage, de repas servis et de sacrifices représentaient ce walkman que je voulais tant pour mon anniversaire. Je savais MAIS je n’ai saisi la dureté de son labeur seulement lorsque moi-même je me suis retrouvée à nettoyer les surfaces avec technique. J’ai compris combien un regard pouvait être assassin et combien de courage il faut pour porter comme une blouse certains regards plein de condescendance, qui inéluctablement finissent par t’étiqueter. Pour eux, elle n’est que la boniche et dans les bons jours la femme de ménage. Tous ceux là ne savent qu'écorcher son doux prénom, voir l'oublier pour la plonger dans l'anonymat. Certains lui manquent de respect, la tutoient et l'infériorisent. Et à chaque fois que j’entends : « travaille bien à l’école pour ne pas être comme la dame là » j’ai un pincement car ils ne savent pas la valeur des femmes de cœur.

 

J’ai longtemps voulu l’emmener loin d’ici, loin de sa fatigue, de sa précarité et de son corps meurtri fruit d’un courage infini. Pour que le quotidien ne soit plus qu’une anecdote, pour que le sourire soit la seul chose qui marque son visage. J’aurai voulu chaque matin déposer un délicat baiser sur son front. Lui dire que j’avas lu toute la fierté qu’elle avait pour moi dans ses yeux dans ses gestes. J’aurai voulu, plutôt et sans ménagement lui cracher à la gueule ces 2 dernières décennies de ressentiment. Toutes ces choses qui macéraient au fin fond de mes tripes et qui m’ont mise plus d’une fois au bord de l’indigestion. Capitaliser n’est pas toujours une heureuse entreprise. Il y a des moments où il faut faire le vide en vomissant le surplus pour à la suite un peu plus emplir son coeur! Le problème de cette manœuvre est que je ne peux ni choisir, ni occasionner le moment le plus propice pour vidanger et offrir ces 3 petits mots dont je fais l’économie et qui m’arracherait la gueule si je les lâchais ! Je ne peux pas plus prévoir la réaction du destinataire. Alors avant que mon boumkoeur n’implose, j’ai provoqué une déflagration qui m’a rendu légère. Mais c’est un sentiment de vide qui commençait déjà à emplir mon antre. Rien de plus frustrant et d’amer que de se sentir légère et pourtant si vide en même temps. J’ai voulu ravaler tout ce que je venais de lui donner mais il était déjà trop tard. Et pourquoi pas ?! Ca a un côté enivrant de se laisser happer par la foule de ses affectes, par ce montre à une tête seulement guidée par le cœur. Alors, Maman JE T’AIME, même si chez nous ces choses ne se disent pas.

 

Pas besoin de long discours son amour est une démonstration infinie. Jour après jour elle m’a donné de quoi construire, solidifier mes fondations. Elle m’a appris les gens, leurs bons côtés comme leurs pires penchants. Qu’il n’y a pas de sot ou de sous métier, juste des imbéciles qui dévalue nos capacités. Que nous n’avions pas besoin de leur pitié et que quand on veut on peut ! C’est celle qui a su garder sa dignité et qui m’a transmis les plus belles des valeurs. Elle a mis son bonheur de côté, fonce, se bat et trime à la sueur de son front pour que nous ne manquions de rien, pour que nous connaissions un avenir différent. C’est celle qui fera le plus d’invocations pour moi, de louanges et de bénédictions à chaque étape faussement fatidique de ma vie. Celle qui faisait tomber ma fièvre avec un peu de fleur d’oranger. Un pilier dans mon existence à qui je ne pourrais offrir tout ce qu’elle m’a donné. Le 1er verre de thé sera toujours pour elle. Je ne comprendrai jamais ce qui lui permet de tenir et d’avancer. Elle m’a donné envie de me battre et a remis mon ingratitude et mon orgueil en place. Je n’ai par conséquent pas le droit de la décevoir. Non parce qu’elle m’a tout donné mais parce qu’elle est la source de tous mes accomplissements et de mes ambitions. Assurément, rien n’a été crée de meilleur qu’elle et j e n’aurai jamais sa force, je ne ferai jamais mieux qu’elle.

 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 11:17

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Trois semaines que ta lettre a échoué au fond de mon sac. Je ne pouvais pas te répondre avant que le soleil du « Cœur de France », comme tu me l’as décris, puisse rivaliser avec celui qui arrose le  Bosphore de ses rayons. Ma nuit a été tumultueuse, sa moiteur fut semblable à celle qui envahit les wagons de l’Orient-Express une fois la gare de Bucarest passée. Du moins dans mon imaginaire, puisque la liaison ‘directe’ Paris-Istanbul, n’existe plus que dans la littérature... Je me résigne, en m’extrayant de mon sommeil la nuit a gagné sa bataille par un joli KO. Je m’arme afin de ne pas rester sur une défaite et je m’en vais résoudre cette éphémère et nocturne énigme, qui parfois fait que les bords de Loire ont le charme d’un  Petit Paris. Cette alchimie ne s'opère jamais le soleil levé alors il me faut faire vite pour capter l'humble quiétude qui s’offre en spectacle.

J’ai le sentiment profond que la ville m’appartient et happée par son tourbillon, je finis par déambuler, le cœur pointé vers l’horizon. Cela me procure une sorte d’ivresse, qui m’attendrit mais finit par me rappeler les déclarations d’amour que j’ai pu faire à Montmartre. Surplomber la Capitale des hauteurs du Sacré Cœur me manquera toujours. Il me faut marquer une pause avant que cette agréable balade ne devienne une mélancolie spleeneuse. Pour faire diversion, je décide de m’accorder ce luxe qu’est l’oisiveté à une terrasse place Jean Jaures. Ce n’est plus dans mes habitudes mais aujourd’hui, la nostalgie me pousse matinalement à savourer un café-noisette. Je m’installe alors et rêvasse en contemplant l'horizon encore tramé d’un mauve profond. Pendant que la lune s’efface, la ville s’éveille et comme toujours, me laisse profiter de l’ébullition qui la gagne, laissant la nuit recracher les premiers citadins.

L’air est chargé mais une douceur atypique s’en empare car la circulation est quasi-nulle et les clochards aussi rares qu’assoupis… Il y a bien au loin, des perturbateurs de cette tranquille volupté. Pas plus grands que des playmobil(e)s, qui courent valises au poing jusqu’à la gare histoire de ne pas louper le 7H05 pour Montparnasse. La perspective me donne cet étrange capacité de les tenir entre mon pouce et mon index et dans un élan sociopathe de pouvoir les écrabouiller… Je n’en ferai rien car il me suffit de tourner la tête pour faire abstraction de leur folle précipitation. Je profite de ce moment éphémère car dans l’heure la citadinité aura repris ses droits. La foule envahira à nouveau la place. Je me laisse surprendre car j’avais oublié l’intemporalité du lieu : les habitués sont encore et toujours là !

J’imagine qu’il est encore trop tôt pour qu'ils soient réunis au grand complet car un seul des rabz’’ est là. S’attablant, il m’a souri et déployant l’Equipe,  m’a lâché un « Ahlan wa sahlan » plein de malice. Je n’aurai pas le loisir de vérifier s’ils ont toujours la même approche surannée de la gente féminine et si leurs répétitifs mais enflammés débats mêlent encore football, dernières brèves du quartier et  prises de position animées au sujet de la religion. Je suppose que ça vanne, tape du poing sur la table, mate, siffle, rigole fort et toujours autant. Je sais seulement que si je repasse vers 13h il sera encore là, sirotant son unique café-crème accompagné de l’incontournable verre d’eau.

Monsieur-Chapeau aussi est là. Tout le monde le connaît mais personne ne partage jamais sa table. Il a cette coutume de marquer le pavé par sa prestance et de l’odeur de son cigarillo saveur vanille.  Plus immuable que lui tu meurs, seul son couvre-chef et ses boutons de manchettes assortis à la saison changent. J’ai toujours autant de tendresse pour l’élégance de ce vieil homme aux yeux aussi perçants que la teinte encore un peu délavé du ciel, aujourd’hui raccord avec la couleur de sa cravate. Son luxe à lui reste d’avoir le temps de se plonger dans la lecture du Monde et avouons-le, il en faut bien 24 des heures pour le parcourir.

Fade comme la fourrure mitée qui recouvre ses épaules usées, la grande Zoa fait son entrée. Sapée comme pour son propre enterrement, on sent qu’elle avait été belle, cette femme à la carrure bourgeoise usurpée. Mais sa gouaille ponctuée par l’accent titi parisien finit toujours par la trahir. J’aime l’écouter lorsqu’elle raconte son faste passé et ses 3 maris enterrés. Son assurance millimétrée me rappelle qu’il ne faut jamais devenir l’ombre de soi-même. Mais elle reste incontournable car le zinc sans la grande Zoa et ses histoires ce n’est plus qu’un banal bloc de bois.

Marius aussi est au rendez-vous, encore sobre mais ce n’est qu’une question de minute. Encore plus édenté que dans mon souvenir, il m’a proposé un croissant. Accepter cette viennoiserie serait là mon erreur parce qu’il commencerait à me ressortir le refrain 1000 fois entendu de sa vie aux Antilles. Celui de ses imaginaires ou réelles traversées de l’Atlantique, ponctuées de sa honte d’être un homme blanc ou de sa créolité par procuration. Il m’a juré de m’emmener avec lui à la Barbade alors que je ne lui avais rien demandé. A chaque fois il se dit sur le départ mais chaque jour il se chuchote à nouveau cette promesse à lui-même.


C'est là, la fin de mon insomnie. Car la citadinité reprend ses droits, les étudiants reviennent de week-end, les autres vont travailler, et les petits vieux continuent avec le premier venu, de glaner des petits moments de sociabilité. Une chose est certaine, petite turque d’adoption, rien a changé mise à part ton absence qui se fait grandissante. Tu n’es plus là et nos longues conversations bercées par les flots de la Loire, la bouche pleine de loukoums à la rose me manquent. J'aperçois au loin, Saliha qui me salut . Avec un peu de chance elle ne voudra rien boire et m’extraira des griffes de chaton de ce pochtron de Marius…

 

 

Tourangellement, ...

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 22:46

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"Entre les 4 murs stériles de ma prison", mon texte aurait pu commencer  ainsi et je me suis dit… (oui parfois je réfléchie) que c’était m’enfoncer d'avantage dans ma réclusion en leurs donner un peu plus raison… que c’était cracher à la gueule, sur le sort et la détresse des vrais détenus. Je pensais que la différence entre eux et moi, était qu’ils connaissaient la date limite de leur sentence… et là j’ai pensé à Moha*. Je me suis souvenue de la visite que je lui avais rendu au parloir-zoo de Kenitra où les détenus-sardines s’entassent… là tu te dis que la surpopulation carcérale en France c’est du pipi de chat quand tu sais que Moha et les autres, étaient à plus de 130 par cellule ! Moha passait pourtant pour un privilégié. Sa famille bakshichait pour que ses conditions de détention se rapprochent un peu de l’humanité : un soutien illimité des siens, les paniers hebdomadaires et la « location » du mètre carré déstiné à poser sa paillasse… Ces détails qui sont beaucoup et si peu à la fois, n’ont pas suffit à rendre sa vie moins amère. Je vous épargne (surtout à moi-même) l’insoutenable catalogue des conditions en milieu carcéral d’ici ou d’ailleurs et préfère garder ma peine et mes larmes pour mon frère fillah que je ne retrouverai plus. Libéré, Moha n’a plus jamais été lui-même. A présent, enfermé dedans,  il est emmuré dans de longs silences, le regard parfois vitreux et l’œil souvent humide. Il n’est plus que l’ombre de son ombre, un super-autiste qui intériorise plus que de raison. Qu’est devenu celui qui répétait sans cesse : « Viens on y va, le monde est à nous » ? Aujourd’hui, il n’a plus soif d’aventure, sa seule bataille reste de survivre et de ne pas se laisser happer par ses démons intérieurs qui parfois lui chuchotent  de quitter la vie. Son univers s’est réduit au minimum : métro-boulot bibliothèque-dodo… Lui qui n’aimait pas lire, la lecture est à présent son seul refuge & en partie a été son seul salut, lorsque enfermé il avait besoin d’évasion. Moha me manque ! Non pas le flambeur qui sommeilait en lui, qui vivait la « good life », cette « splendeur » que beaucoup enviaient. Ces derniers disaient qu’il avait eu ce qu'il méritait parce que « les bénéfices ça se divise mais que la réclusion ça s’additionne ». Non, le Moha qui me manque est celui dont le rire était une vraie mélodie, l'enfant avec qui je jouais à cache-cache, celui qui m’a initié à l’art de la fugue (jusqu’à Mammouth), qui m’a offert ma première K7 (NWA) et ma première cotisation pour le cours de modern-jazz. Cet ex-doux rêveur qui a donné des moyens à ses faims mais qui n’a toujours pas digéré…  L’écriture reste le seul moyen pour lui de verbaliser, de me faire partager son univers. Ses lettres m’ont permis de percer un peu plus le mystère qu’il est devenu et les angoisses qui l’habitent. Moha, mon frère fillah, je t’aime qui que tu sois aujourd’hui, et à présent que je suis cloitrée dans ma cellule sans barreau, je comprends un peu plus ton mutisme… mais jamais assez finalement.

Ces quelques mots ne sont rien, et n’effaceront en rien ce que la justice des hommes a fait de toi. Elle t’a tue à petit feu et a volé un bout de ton âme. Même le pire des hommes ne mérite pas une détention aussi sordide. « Un peu de sel sur une plaie ouverte… Un peu de sel sur une plaie ouverte… ». Il n’y a pas une semaine où je ne pense pas à toi, à ta mère ou à cette douleur profonde qui réside en toi. Pour ponctuer ces quelques maux je te dédis cette récitation litanique de Brigitte Fontaine car toi le silencieux, tu as la mystique du Soufi : tu es « le maudit et le cœur caché». Et comme ton avocat l’avait écrit à Houssin : « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil » [R. CHAR].

 

* Moha ne s’appelle pas Moha mais il n’aimerait pas voir son prénom lâché entre ses lignes.

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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 16:53

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         I was born in the 80’s quand personne dans la vie ne choisissait sa couleur mais que l’important c’était d’écouter son cœur. L’époque où j’avais fermement décidé de devenir Astronaute ou Présidente de la France, où j’étais insouciante car tout m’était permis et qu’un rien me rendait heureuse. A présent, c’est une autre aventure, je me pose trop de questions auxquelles je ne trouverais jamais de réponses. « Pourquoi le ciel est bleu ? Pourquoi l’on vit mieux à deux ? Pourquoi l’argent et le pouvoir rend les amis dangereux ? » Enfin ça c’est les questions que Busta Flex se posait…

          Moi quand j’étais petite mon amoureux c’était G.S. (mais qu'est ce que je pouvais lui trouver?). Je voulais concurrencer le Nutella avec un peu de margarine et de Poulain. C’était cool de dire cool et y avait des jouets dans la lessive. Celui qui sautait du haut de la cage à écureuil c’était un déglingo et celui qui s’endormait le dernier avait gagné. On était architecte, batissant une cabane avec les cousins du sadari qui irréductiblement s’écroulait. Moi, quand j’étais petite, j’étais habillée n’importe comment par ma maman, je voulais manger le dessert en entrée et je croyais que le sel refroidissait les plats (combien ai-je mangé de soupes saveur Atlantique?). Je ne comprenais pas pourquoi Aladin ne faisait pas le vœu d'’en avoir 1000! Je croyais qu’en l’An 2000, j’aurai une voiture volante (dire que j’ai à peine le permis BM-double pieds) et avec 50 francs je me souviens, j’allais au bout du monde. Aujourd’hui, je ne comprends pas pourquoi à Décathlon, on n’a pas le droit d’utiliser les vélos qui trainent & de faire comme si de rien n’était un foot entre les rayons? Je me demande pourquoi les gens me regardent en bais quand j'tape une choré à l’arrêt de bus pour me réchauffer? (Le ridicule ne tue pas, le froid OUI)... Et pourquoi à Carrefour, on ne peut pas appeler Joris au micro car sa maman le cherche sans que l’hôtesse de caisse s’énerve en captant qu’il à 26 ans?

 

S’il vous plait rendez-moi mes yeux d’enfants, je voudrais revoir le monde comme avant !

 

          J’ai compris que tout était fini quand mes zinc ne se prenaient plus pour JCVD à essayer ses prises sur moi. Quand la rentrée scolaire ne me faisait plus de pincement au coeur  & que celui-ci ne balançait plus entre le cartable Barbie et le sac à dos Action Man (le plus zamal de tout les super héros). Quand ce qui pouvait être un cataclysme à 10 ans n’est rien aujourd’hui même si ça laisse des blessures profondes. Quand mes Karlouch-louches des environs s’en sont allés... Quand j'ai quitté des yeux la Petite-Île. Quand j'ai arrêté les campings sauvages et de me baigner à Pommier. Quand les kefta nocturnes n'avaient plus le goût de l'aventure. Quand cet âge de l’égoïsme où le monde tournait autour de moi était révolu car j’ai fini par capter que fêter la vie une fois par an c’était se rapprocher un peu plus de la mort…

 

          Alors c’est décidé, quand je serai vieille sous un figuier, je raconterai l’an 2000 et  notre Clan à mes petits enfants. Leurs expliquerai que certains ne font que passer et que d'autres seront là pour toujours. Leurs inculquerai la valeur d’un ‘SUSPENSE’ parce que le mektoub c’est le plus grand film que l’Humanité n’ait jamais réalisé. Leurs expliquerai que l'honneur, le respect, l'intégrité et la lucidité ne pourront qu'être des forces. Mais que ces valeurs causent parfois des faiblesses. Que ça ne sert à rien de courir mais prendre le temps d’apprendre à faire vibrer son cœur. Que de quitter sa terre des yeux c’est s’extraire un peu plus vite de la vie car traduire sera toujours trahir. Je leur rappellerai que le bleu Majorelle n'a pas d’égal et qu’il est plus doux que celui du ciel. Je les plongerai dans ma nostalgie en leur transmettant ma médiathèque en technicolor et odorama. Leurs ferait découvrir ceux qui savent mimer la vie & qui m’ont plus d’une fois servi d’exutoire thérapeutique. Je martèlerai sans relâche que le temps ne nous appartient pas, que c’est simplement un sursise accordé par Dieu pour un peu plus nous tester, nous éprouver et nous aimer. Et le plus important: même si le thé n'a pas le même goût ici et là-bas, qu'il faut toujours mettre 7 sucres dans cette théière héritée de ma Hajja. Pas 8, pas 6 mais bien 7 pour que la magie opère.

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