Nous, notre gueule & l’ego-trip de notre notre propre personne.

Flash-back égotripique.
Ca y est, j’ai écoulé mon crédit sympathie hier vers 22H ! Cette 1ère journée peut se résumer à la claque cyclonique que le monde du travail m’a mit.
Melon-Land : 1 – La-Babouch-k : 0
J’ai 16 ans et y a pas de doute je n’ai pas aimé mon 1er jour de labeur. Mon dos, mes pieds, mes poignets et mon nez s’en rappelleront encore longtemps. Le plus dur n’était ni ces 10H d’affilé, ni la découverte de la pause non payée ou encore de répéter machinalement la même routine. Non, le plus traumatisant ce fut surement que mon cerveau a été grandement endommagé car à aucun moment stimulé ! Dans toutes mes expériences salariales j’ai menacé de racheter l’usine pour la raser et y poser un aéroport international mais personne ne m’a jamais pris au sérieux. « Evitez de ricaner au nez des déshérités », parce qu’un jour VOUS verrez !
Je croyais bêtement que ce genre de taf n’existait que dans l’œuvre de Zola. Mais j’étais bien en France, en 2003 et c’était aussi réel que mon 1er SMIC dilapidé dans des futilités (non rien de rien non je ne regrette rien). Il m’était arrivé plus d’une fois de finir ma journée à 5H du mat sur le dancefloor mais jamais de la commencer si tôt. Qui aurait cru qu’à 4H45 tapante je serais là pour pointer alors que je me levais à peine pour aller en cours ? C’est fou comment le chèque du 5 du mois te motive à ne pas démissionner, à ne pas insulter ta chef d’équipe, à ne pas rayer sa voiture ou même à ne pas foutre le feu à l’usine ! Chaque été sacrifié au salariat, la cupide-woman que je suis, je relativisais parce que le SMIC a toujours su soulager ma douleur profonde, mon dégout de ce monde où on est payé non pas pour ce que l’on produit mais pour accepter notre place au sein du système productif. Ce n’est pas de la flexibilité qui nous est demandé mais plutôt de la dévotion. Moi qui n’aime pas du tout me plier en 4 pour des clopinettes et encore moins tourner 7 fois ma langue dans ma grande bouche je vous laisse imaginer le choc quand un jour, je n’ai plus eu 16 ans. Y’en a qui prennent du ferme et d’autres qui prennent un loyer. Alors j’ai appris à prendre sur moi et enchainer un « pas de la gazelle » et à garder la pêche sans m’étouffer avec le noyau du capital.
Mes expériences pro n’ont fait que confirmer cet amour aigre-doux que j’avais pour la classe ouvrière. Il m’est arrivé d’en vouloir à ses ouvriers saisonniers (ou pas) de fermer leur gueule face aux abus du patronat. Mais mon vrai problème reste ce système auquel ils contribuent et pas que malgré eux. Il y a ceux qui font le minimum syndical, qui freinent la production, et qui s’en foutent du taux d’efficience. Et d’autres qui sont Totaly pas Spies mais zélés. Des névrosés adeptes de la délation, du travail pendant les temps-mort et qui font les yeux doux au contremaitre qui n’en a rien à foutre comme de son premier slip kangourou. Comme si l’usine était à eux ou que leur vie en dépendait… Bande de chèvres ! Vive la violence symbolique et les sous-diplômés, au brushing impeccable, postulant à l’administration de l’EPAD (n’est pas fils de Président qui veut) ! Vive la division du travail parfaitement orchestrée où ça sent la sueur et l’exploitation qui m’aura appris que le temps reste notre plus grande richesse.
J’ai une pensé pour ceux qui ont « (très) mal au travail », ces marche-ou-crève qui se suicident sur leur lieu de travail (retournez donc cette violence contre vos oppresseurs!). Pour ceux en fraude faciale qui n’ont pas la gueule de l’emploi. Pour ceux qui n’ont pas le travail comme valeur et qui savent que : Travailler c’est la santé ne rien faire c’est vraiment la conserver. Et à toutes les personnes que j’ai croisé dans mes courtes périodes salariales, temps de travail subi et précaire. Pour ces smic à 7€ et des poussières de dévotion, d’aliénation, d’assujettissement et de dépossession des moyens de production net de l’heure.
La-Babouch-K de la Valée des Damnés
qui n’a pas parlé des Appareils Idéologiques d’Etat
mais qui a pris un an de plus.